4. Quand financement illégal et appropriation du pouvoir illicite riment avec nominations partisanes

4.  Quand financement illégal et appropriation du pouvoir illicite riment avec nominations partisanes

Plus les révélations détonnent, moins j’ai de difficulté à qualifier d’« empire » le système de corruption mise en place par Jean CHAREST.

Dans un récent article de presse, on apprenait que le défunt Conseil des ministres de Jean CHAREST avait procédé à 523 nominations partisanes dans les ministères et organismes du gouvernement[1] : 101 nominations d’anciens députés ou de candidats du PLQ et d’anciens collègues du Parti conservateur fédéral; 158 nominations d’ex-attachés politiques ou de cadres du PLQ qui sont devenus des dirigeants. À ce nombre, on ajoute que 264 fauteuils des hautes sphères de la fonction publique ont été octroyés à d’« importants donateurs et sympathisant avoués » du PLQ. On ajoute que ces chiffres excluent toutes les nominations administratives des ministères et l’auteur de l’article oublie d’ajouter les nominations partisanes à la magistrature.

En avril 2010, dans son article « Jean Charest et les juges », Patrick Bourgeois écrivait [2]:

« En 1991, Léo Daigle et Paul-Marcel Bellavance ont été nommés juges à la Cour supérieure. Jusque-là, rien d’anormal. Mais le dossier devient plus inquiétant dès que l’on souligne le fait que Daigle a été des années durant (avant de devenir juge, bien sûr) un organisateur politique de Jean Charest. Bellavance, quant à lui, avait jusque-là occupé le poste de président de circonscription pour les conservateurs à Sherbrooke. Il s’agit ici de deux hommes qui étaient des militants de Jean Charest. »

Il y a plus d’un siècle, l’italien Vilfredo PARETO, un sociologue et économiste innove avec sa théorie sur la libre circulation des élites. PARETO se fait le défenseur passionné de la pleine mobilité sociale et des opportunités de carrière ouvertes à tous. Il affirme que par le passé, les organisations qui ont su voir le danger de miser sur de fausses élites plutôt que sur la compétence et le talent ont pu développer le capital humain nécessaire pour perpétuer leur supériorité à travers les siècles. À contrario, les civilisations puissantes qui n’ont pas survécu à leur réputation ont, à un moment ou à un autre de leur histoire, céder le pas à des élites médiocres corrompues, à des hommes exempts ou dépourvus de talent.

Malheureusement pour les Québécois, en se basant sur les enseignements de PARETO, il semble que l’on peut affirmer que Jean CHAREST, durant son règne d’une décennie à la tête du Québec, s’est plus soucié de ses amis que de faire avancer la nation. Pour réussir à pervertir notre système démocratique comme il l’a fait, Jean CHAREST et son Conseil des ministres se devaient de reproduire dans la fonction publique le système des nominations judiciaires partisanes qui fonctionnait si bien. En agissant de la sorte, le PLQ venait de trouver d’additionnelles sources de financement illicite pour remplir sa caisse électorale. Plutôt que de miser sur le savoir et les connaissances pour faire rayonner le Québec, on fortifiait l’empire de la corruption par la médiocrité en comblant les postes de hauts fonctionnaires avec les amis du parti.

PARETO explique que les effets pervers du système de gestion corrompu mis en place par Jeans CHAREST sont dévastateurs pour une nation. Selon le théoricien, dans de tels systèmes, les grands stratèges bâtisseurs d’empires démocratiques se sont vus montrer la porte au profit d’individus aux capacités restreintes animés par l’appât du gain.

Photo - Québec Solidaire

Photo – Québec Solidaire

Pour conserver leur faux pouvoir, les élites dirigeantes se mirent à fermer l’influx d’individus capables en provenance de la masse. L’équilibre des forces s’est vu dérangé et l’ordre social fit place à la révolte. Les sociétés fières devinrent contaminées par la culture de la corruption qui s’était fortifiée au sein de la nouvelle élite médiocre, au sein des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Ce sabotage interne entraina la décroissance économique et la vétusté des peuples au profit de la royauté d’une élite médiocre.

La crise étudiante, l’imposition de la loi spéciale 78 et les manifestations du printemps érable ne sont-elles pas les résultats du système de gestion corrompu de Jean CHAREST et la démonstration du bien-fondé de la théorie des élites de Vilfredo PARETO?

Pour ajouter à la dramaturge, plutôt que de s’entourer de grands stratèges au Conseil des ministres pour bâtir un Québec fort, Jean CHAREST privilégiait la médiocrité pour remplir la caisse du parti. Sous le règne de Jean CHAREST, la compétence des ministres était secondaire. Pour être un bon ministre, il fallait être en mesure de remplir les coffres du PLQ en amassant plus de 100000 $ par année[3].

Vers qui les pauvres députés devaient-ils se tourner s’ils voulaient accéder au prestigieux Conseil des ministres? Vers les cabinets d’avocats et leurs riches clients, bien sûr. En échange de généreuses donations, on était toujours prêt à nommer des juges qui, après avoir accédé à la magistrature, boucleraient la boucle de la corruption judiciaire en devenant redevables envers les membres du système corrompu.

Tout comme vous, je préférerais qu’il ne s’agisse que de théories. Malheureusement, en appliquant les faits à cette théorie, la réalité frappe. Durant la Commission BASTARACHE, Me Marc BELLEMARE déclarait ce qui suit[4] :

« M. Bellemare réclame l’annulation de la nomination de l’avocat Michel Bastarache, un ancien juge de la Cour suprême du Canada qui préside l’enquête publique.

Après avoir déjà soulevé des questions sur son impartialité, l’ex-ministre soutient que M. Bastarache manque d’indépendance parce que sa nomination a été décidée par M. Charest et qu’il travaille pour un cabinet d’avocats, Heenan Blaikie, qui bénéficie de contrats gouvernementaux. »

Photo - Le Devoir

Photo – Le Devoir

Me BELLEMARE reproche au juge BASTARACHE son appartenance au prestigieux cabinet d’avocats HEENAN BLAIKIE, aussi connu sous le nom HEENAN BLAIKIE AUBUT, un cabinet dont le nom reviendra à plusieurs occasions dans le présent ouvrage. Pour renforcer la théorie de PARETO, une étude estimera à 303 180 $ les dons en provenance d’« employés », d’associés ou de « cadres » du cabinet d’avocats HEENAN BLAIKIE au Parti libéral entre 2003 et 2008. Pour la même période, le cabinet HEENAN BLAIKIE facturait au gouvernement du Québec la somme de 2 155 183 $ en honoraires professionnels[5].

À plus petite échelle maintenant, Patrick Bourgeois écrivait ce qui suit sur la nomination du juge Jean-Louis Lemay dans sa chronique du 15 janvier 2011[6] :

«Celui-ci a été nommé à la Cour du Québec le 25 mars dernier par la ministre Kathleen Weil, la seule ministre libérale qui donne 3000$ à son parti, soit dit en passant. Le juge Lemay exerce principalement ses fonctions à la Cour criminelle et pénale de Québec. M. Lemay est détenteur d’une licence en droit civil de l’Université d’Ottawa. Il a été admis au Barreau en 1994. Il a entamé sa carrière au sein de la firme Gaulin Linteau Croteau. De 2006 à 2007, il a été bâtonnier du Barreau de Québec. Depuis 2006, il était avocat au sein du cabinet Corriveau Lemay Gauthier.

Dans le nom de ce cabinet, nous retrouvons« Gauthier ». Gauthier, comme dans Sophie Gauthier. Cette avocate connaît Monsieur le juge depuis belle lurette. Déjà en 1999-2000, ils siégeaient tous deux sur le conseil d’administration du Jeune Barreau du Québec. Les deux ont depuis parcouru bien du chemin… ensemble. Au sein de cabinets de Québec où ils ont tous deux travaillé, mais aussi en tant que couple ; Sophie Gauthier est la conjointe du juge Lemay.

En 2009, Sophie Gauthier a remis un généreux chèque de 3000$ au Parti libéral de Jean Charest. Quelques mois plus tard, son époux accédait, à un jeune âge il faut bien le dire, à un poste de juge grâce à une ministre de Jean Charest. Cela n’est très certainement qu’une coïncidence. Mais celle-ci laisse songeur quand même.»

J’ose croire que plus j’avance dans mon ouvrage, plus vous commencez à me trouver convainquant!

TABLE DES MATIÈRES
TROISIÈME CHAPITRE
PORTRAIT DU DÉFUNT GOUVERNEMENT CORROMPU DE JEAN CHAREST
1.  La redevabilité des juges issus du système de nominations partisanes du PLQ  
2.  Le projet souverainiste du PQ : la cause de l’existence de la corruption judiciaire au Québec
3.  La propension naturelle de Jean CHAREST pour la corruption judiciaire
4.  Quand financement illégal et appropriation du pouvoir illicite riment avec nominations partisanes
5.  Jean-Marc Fournier et SNC-LAVALIN : piliers de la corruption judiciaire au Québec?

6.  La Commission CHARBONNEAU et Jacques DUCHESNEAU dans tout ça?

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